La Cérémonie du Thé


Jeu :
tout oriental
Monde :
tout oriental
Style de jeu :
indifférent

"L'art de boire le thé [...] est un poème rythmé par des mouvements harmonieux"

Niitobé Inazo


Préservez un instant de silence, une atmosphère agréable mais stressante qui vous attire tout en vous prévenant que l'accès ne sera pas facile. Et demandez-vous comment déguster, apprécier ce moment privilégié, réservé au grand seigneur de guerre que vous êtes sûrement. C'est en effet le repos du guerrier que j'ai l'honneur de vous présenter, sous la forme de cette tasse de thé justement infusé, à la manière Britannique ou Asiatique.
Bien que la cérémonie du thé soit couramment associée au Japon "médiéval", il faut rectifier : la Chine est la contrée où fut découverte cette plante aux mille vertus, et le lieu précurseur de la cérémonie dont nous traitons. Si je suis fervent de la coutume Japonaise, il faut rendre à César ce qui lui appartient, aussi commencerais-je par vous conter l'origine du thé ou Tcha. Cette herbe viendrait selon la légende chinoise du règne de l'Empereur Shen Hong Han, de la dynastie des Han (-202/220), qui pour lutter contre les maladies ravageant ses régions en de meurtrières épidémies avait décrété que quiconque buvait de l'eau devait au préalable la faire bouillir. Un jour qu'il était en campagne, il fit bouillir son eau comme il l'avait recommandé, mais à un certain moment celle ci changea de goût, acquérant une saveur nouvelle et agréable contre son palais. Il s'aperçut alors que des feuilles de l'arbre sous lequel il se reposait étaient tombées dans sa tasse. Ces troupes firent de même et après cela il ordonna qu'à l'avenir tout le monde boive ce breuvage.
Dans toutes les légendes il existe une part de divin, et celle ci ne fait pas exception à la règle si l'on remonte à l'origine de l'herbe dont les feuilles churent dans l'eau de l'Empereur. La tradition chinoise assimile en effet l'introduction du thé à l'arrivée du moine Bodidharma, qui au cours de son voyage vers la capitale fit halte dans un temple Shaolin de la province d'Honan pour y méditer. Pris par la fatigue, il s'endormit; mis à son réveil se coupa les paupières afin de rester désormais en éveil. Ces paupières prirent racines et formèrent le théier ('tcha), arbre que l'on maintient traditionnellement à une taille de 3m pour bénéficier de ses feuilles.

L'art de la cérémonie du thé :

Pourquoi parle-t-on de cérémonie du thé ? Que peut signifier boire du thé, non pas au sens ou on l'entend maintenant (c'est à dire une simple dégustation d'un breuvage amer, sans se préoccuper du caractère esthétique d'une laque ou dans bol en porcelaine dans lequel on peut ressentir toute la valeur de l'art et de l'esprit Japonais), mais au sens cérémoniel ?
La Cha-no-yu (ou chanoyo ou chanoya suivant les transcriptions du mot ancien, le terme moderne étant sado) tel qu'on la pratiquait au temps des Shogun Ashikaga et Toyotomi était un rite d'une grande rigueur dans les gestes, les paroles et le cadre. En effet, elle demande un sens de l'esthétique sans défaut grâce auquel chaque phrase prononcée, chaque geste, chaque élément du décor se doit d'être le plus économe et le plus adéquat possible, suivant les principes du fils de Sen No Rikyu, riche marchand de Sakai à l'époque Ashikaga. En fait, rien ne doit être laissé au hasard et le moindre défaut peut avoir des conséquences fâcheuses pour celui qui l'a commis, comme dans certaines circonstances ne pas avoir le temps de s'apercevoir que sa tête est en train de rouler sur le parquet.
Autrefois, cette boisson n'était réservée qu'à la classe aristocratique puisqu'il était nécessaire de faire importer du mobilier correspondant à son goût du raffinement, tout droit de Chine; et qu'il n'était pas question de faire le cérémoniel ailleurs que dans un pavillon de thé ou chashitsu. Mais Rikyu autorisa l'usage de ce luxe à la plèbe, sous l'autorisation du Shogun Toyotomi Hideyoshi, admettant en ce faisant l'usage d'ustensiles et d'un cadre modestes. C'est ainsi que le chanoyu se détériora quelques années plus tard en se répandant à toutes les strates sociales; des parodies de "cérémonies du thé" se tenaient parfois dans des salles de bain en compagnie de courtisanes.

Les principes de base :

Avant de les exposer, rappelons un petit poème digne de la famille Tang :

"Par une nuit d'hiver je demande du thé
Le premier bol élargit ma vision
Le deuxième bol purifies mon esprit
Le troisième et je suis immortel
Et l'astre de feu maintenant me réveille."

Tels sont résumés les bienfaits de la cérémonie du thé exécutée suivant les principes du tcha king, sorte de recette : prenez des feuilles de thé vert réduites en poudre, puis mélangez celles-ci à de l'eau chaude. On distingue trois sortes d'ébullition : l'état où les bulles ressemblent à de gros yeux de poisson Japonais; l'état où elles sont grosses comme des perles; et enfin l'état où chaque goutte fait déborder le récipient par tsunami saccadés. La meilleure eau est celle des montagnes, que l'on prendra au milieu du second état pour ne faire qu'un avec la voie. Il suffit de battre le tout avec des baguettes de bambou pour obtenir un thé léger et mousseux (usucha) ou un thé au contraire épais (koicha). Les accessoires doivent être simples mais beaux. Il est autorisé pour ceux qui n'apprécient pas l'amertume de ce breuvage de mettre un petit peu de sucre.

Mais avant toutes choses il est nécessaire d'adopter l'esprit Japonais en traversant le jardin où chacun peut à sa convenance recevoir la sérénité et donc rester étal comme l'eau sous la lune. Une fois à l'intérieur du chashitsu admirez les objets utilisés tout en goûtant le thé. Entendez le souffle du vent dans les pins...

par Romuald Mazurier San



Comme nous l'avons vu précèdemment, la cérémonie du thé est au coeur de la culture traditionnelle japonnaise.
Plus qu'un rituel, elle est le reflet d'une activitée spirituelle derivée du bouddhisme.

La voie du thé ("chado") a pour fondement la contemplation, l'adoration de la beautée, la pureté et l'harmonie. Tous les éléments prennant place durant cette cérémonie sont attentivement sélectionnés car il s'agit de créer une ambiance qui force l'admiration.

La cérémonie du thé recquiert du maître de thé une grande habiletée, une certaine finesse, une harmonie et une précision parfaite de tous les gestes.

Elle exige quatre vertues :

Déroulement d'une cérémonie :
En premier lieu, les invités pénètrent dans l'antichambre de la salle de thé où se trouve un baquet d'eau limpide dans lequel ils vont chacun puiser de l'eau à l'aide d'une louche de bambou afin de se purifier les mains et la bouche.
Ils entrent ensuite dans la salle de thé par la porte d'humilité (il faut se courber pour entrer).
La salle de thé comprend quatre tatamis; il s'y trouve une étagère sur laquelle sont disposés, en haut un pot d'eau froide en porcelaine et en bas une boite de laque qui contient la poudre de thé vert.
Seul le maitre peut disposer du thé. Dans la bouilloire il dispose des galets afin que l'eau chante au moment où elle entre en ébulition.
Une fois que les invités sont entrés le maître parait (se trouvant derrière une porte coulissante), il s'incline et pose ses mains sur ses genoux. Puis lentement, le corps droit, il se met à genoux et les invités peuvent alors en faire de même.
La cérémonie commence dans un silence parfait.
Le maître déplie un chiffon, le plonge dans l'eau froide, nettoit le bol avec grâce puis replie le chiffon mouillé en le prenant par le milieu. Il essuie le bol avec un autre chiffon, le replie et fait alors tourner le bol au regard des invités. Il ouvre avec douceur la boite de laque contenant le précieux thé et y prélève la poudre à l'aide d'une spatule de bois et la dépose légèrement au fond du bol. Puis il prends la bouilloire, la dépose sur un socle de porcelaine et puise l'eau frémissante qu'il va verser délicatement sur la poudre. Avec un fouet, il va mélanger la mixture et va ainsi faire apparaitre sur le dessus la mousse verte caractéristique. Le thé est alors prêt à être dégusté.
Tous les gestes sont précis, lents et emprunts d'une légéreté comparable à celle du vol d'un oiseau.
Le bol de thé va passer de convive en convive, commençant par celui qui a le niveau social le plus bas. Le thé va laisser un goût d'amertume dans la bouche.
Le second thé est préparé tout aussi cérémonieusement, cependant il est servi dans des bols individuels. L'écume s'étant disséminée dans l'eau, lorsqu'on trempe ses lèvres dans le bol une saveur plutôt sucrée enchante tout le palais.
Ensuite on sert à chacun un léger repas dont la présentation est minutieusement étudiée (tous les aliments sont sculptés, ils représentent souvent des fleurs), ceci accompagné de saké. Enfin vient le temps de la conversation.


Durant cette cérémonie qui a pour objectif le partage avec ses amis d'un repas et la dégustation du meilleur thé possible de la meilleur façon qui soit, il s'agit de trouver la paix.

Hadjira ZAOUI
par Hadjira ZAOUI (Hadji-Fée) et Romuald MAZURIER


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