LIVRE DE VOYAGE D'ALIX BARTOLD
Dernier Survivant de la Confrérie du Dragon
Introduction
par Gaël DÉZIR (Zenthar)
Je ne sais pas au juste pourquoi j'ai décidé d'écrire cet "ouvrage", si toutefois ce que j'ai à y faire figurer mérite que l'on donne ce nom à ces quelques pages, afin d'y narrer non pas ma vie, cela ne pouvant intéresser que ma propre personne, mais du moins les rares événements importants dont elle fut parsemée, et surtout dont elle sera parsemée.
Peut-être le fais-je simplement pour laisser une petite trace de ma personne après ma mort, afin que mon nom soit alors encore connu d'au moins un être vivant.
Peut-être même est-ce par simple folie, pour défier un quelconque ennemi potentiel de venir prendre mon bien et lire ici ce que je pense réellement de lui.
Peut-être est-ce par pure mégalomanie, afin que tous sachent un jour quel est celui qui mit à bas, et à mort, la toute puissante Dague de Bhaâl, ainsi que le pourquoi de son geste, si tant est bien sûr qu'un jour je parvienne à mes fins.
Peut-être justement est-ce pour que je n'oublie jamais ce but sacré que je me suis fixé en ce jour maudit où ils nous attaquèrent, bien que quoi qu'il arrive je ne pense pas qu'un jour puisse disparaître de ma mémoire ce qui obsède la moitié de mes pensées.
Mais peut-être cela a-t-il un rapport avec toi, toi qui obsède l'autre moitié de ce qu'il me reste de pensée, toi qui hante mes nuits, en songe comme en cauchemar, toi que je ne connais pas encore mais que je sais devoir rencontrer un jour, toi qui bouleversera ma vie à un point tel que c'en est inimaginable, toi qui tombera peut-être sur ces écrits par hasard, ou après mon trépas, car jamais je ne te les montrerais de mon vivant, toi enfin dont l'impossible amour qui me ronge déjà finira par me détruire.
Mais quelle belle mort que celle-là ! La plus glorieuse d'entre toutes !!
Quelle qu'en soit la raison véritable, me voilà ce soir affairé à la rédaction de ces lignes, et je crois devoir commencer par une partie de mon passé afin de mieux comprendre ce qui me pousse, si toutefois il y a quoi que ce soit à comprendre, ce dont je doute parfois.
Je suis originaire de Saerloune, la plus grande cité des terres libres de Sembie.
Dès mon plus jeune âge, je fus initié par mes parents au dangereux art de la cambriole, mais pas n'importe laquelle ; je parle des faits de haut vol, des plus audacieux des cambriolages, ceux qui ont pour objectif un unique joyau, une toile de maître, une sainte relique aussi défendue qu'elle peut être vénérée, et non pas de ces méfaits stupidement organisés, plus ou moins au hasard, afin de piller tout ce qui brille dans une demeure à l'allure somptueuse.
Peut-être serait-il bon aussi de préciser que mes parents faisaient eux-mêmes partie de la plus prestigieuse et honorable guilde de Saerloune et de Sembie : la Confrérie du Dragon.
Sans trop de vanité, je peux dire que j'étais un élève doué, très doué, à tel point que pour le jour de mon dixième anniversaire avait été préparée ma cérémonie d'entrée au sein de la Confrérie, fait particulièrement exceptionnel pour un enfant de mon âge.
Mais il en fut autrement, et jamais je ne me vis accorder l'honneur et le grand privilège de recevoir l'enseignement des meilleurs maîtres.
En effet ce matin-là, alors que les Guerres Secrètes faisaient rage en Sembie et à Saerloune entre les diverses guildes de Voleurs, d'Assassins et de Mendiants pour la conquête du pouvoir, les chefs de la Dague de Bhaâl, la plus importante assemblée de tueurs psychopathes du pays, décidèrent de porter un coup décisif durant la Trêve Sacrée à ma future guilde en exterminant durant cette période de réjouissances populaires un maximum de ses membres, par surprise, devrais-je dire par traîtrise.
Lorsqu'ils frappèrent mon père était au loin en mission à Suzail, mais ils trouvèrent ma mère et mes deux soeurs aînées.
Heureusement pour moi, mais peut-être eut-il mieux valut qu'ils me trouvent, ma mère avait eut le temps de me faire entrer dans la cache secrète sous l'escalier.
Néanmoins depuis mon poste d'observation j'eus tout loisir de voir ces êtres immondes les maltraiter, les violenter toutes trois avant de les mutiler horriblement, puis enfin les achever. Par bonheur Axelle, ma soeur jumelle, se préparait alors à son investiture au sein du clergé d'Oghma, et put donc échapper à ce cauchemar.
Je passerais sur la décennie suivante que je passais à errer entre les différentes cités de Sembie et du Cormyr et au sein des Vaux, à tenter de survivre tout en me faisant un réseau de contacts sûrement utiles un jour prochain, et en même temps à veiller de loin au bonheur de mon aimée Axelle.
Mais je commis un jour ma première erreur, du moins la première d'importance : tuer un membre de la Dague alors que je n'étais pas encore prêt.
En conséquence je fus forcé de m'enfuir, le plus loin possible, et mes pas m'entraînèrent à l'ouest, jusqu'aux Iles Lunaë, après un rapide passage par Eau Profonde, que je n'eus pas le loisir d'admirer puisque je n'ai réussi à me débarrasser de mes poursuivants que dans le tumulte de la Guerre Civile qui frappait alors les Iles.
A Suivre... dans "Une si jolie petite auberge".