L'hiver n'en finit plus. Tempête après tempête mon peuple tente de survivre sur sa plate-forme pourtant tant aimée et appréciée en temps normal, c'est à dire quand les dieux sont avec nous.
Cela fait bientôt trois lunes que le vent glacial s'est emparé de notre habitat. Bientôt suivi par la neige, pourtant aimée par mon peuple. Mais ni la neige, ni le vent ne furent appréciés par les miens, car le vent venait du nord, du pays des Dieux. Et selon notre tradition le vent du nord n'apporte que déchirement, souffrance et désespérance parmi les peuples du froid. Et cela c'est vérifié, car depuis trois lunes déjà le vent froid et distant du nord glisse entre nos huttes, s'insinuant dans chaque interstice, blessant de sa morsure avide chaque morceau de chair laissée à sa disposition.
S'il n'y avait que le vent, mais chaque élément naturel semble se retourner contre nous.
La neige, qui nous a tous tant amusé quand nos pères nous racontaient les légendes de notre peuple et que nos mères nous parlaient de nos traditions et de nos coutumes, s'est elle-même retournée contre nous; car loin d'amuser nos propres fils, elle essaye de nous enterrer vivant. Par endroit la neige a recouvert nos huttes, et tous les matins nous devons rattraper le chemin perdu pendant la nuit, au cours de laquelle nous essayons de nous reposer tant bien que mal, car la neige elle continue de tomber toujours et encore.
Le brouillard, qui nous camouflait aux yeux de nos ennemis les plus crains, s'est maintenant rangé parmi leurs rangs, à côté de la neige et non loin du vent.
Il y a trois lunes la plate-forme sur lequel vivait mon peuple comptait plus de cinq cent hommes et femmes confondus et une centaine d'enfants en attente de devenir de fiers et sauvages barbares. Au bout de la deuxième lune seulement une dizaine de guerriers parmi les plus vieux avaient succombé au froid, et grâce à la vigilance extrême de nos mères aucun enfant ne s'était encore étendu d'un sommeil éternel et sans rêves. Mais au bout de cette deuxième lune, nos réserves de viandes et de légumes vinrent à dépasser un seuil critique et nous commencèrent à nous rationner.
La mort commença alors sa récolte parmi nous.
Malgré nos prières et malgré nos pleurs, malgré les soins attentifs que nous leur procurions et malgré la nourriture que nous rationnions pour eux, ce sont les enfants qui furent touchés en premier par la main osseuse et décharnée de notre ennemie la plus craint, la déesse MORT. Une épidémie de pneumonie se déclara chez nos enfants et rapidement comme un feu de forêt excité par le vent, elle se répandit chez nos aïeuls et nos vieillards. Les premiers à succomber furent les plus jeunes et les plus vieux, dont la mort s'amusait à souffler sur la mèche vacillante de leur faible existence. Qui parmi nous n'eut pas à supporter une, voire même plusieurs disparitions au sein de sa propre famille.
Nos chiens, couchés à l'entrée de nos huttes, hurlent à la mort depuis près d'une demi-lune maintenant. A ce concert de hurlement s'est joint les pleurs de nos femmes et de nos mères qui veillent nos morts, éteints dans les souffrances de l'asphyxie. Le bilan à ce jour est déjà terrible : trente sept enfants ont déjà succombé à cette mort blanche, cinquante neuf barbares ayant atteint l'âge de la sagesse ont senti leur coeur se briser sous l'étau impitoyable de ce froid surnaturel.
Cinq cycles plutôt une équipe composée de six barbares parmi nos meilleurs éclaireurs est parti pour tenter de relier le sol qui se trouve en temps normal loin en dessous des nuages.
Mais nos espoirs déclinent de loin en loin car il s'agit de la troisième équipe qui tente la descente depuis que nous avons commencé le rationnement et les deux premières n'ont toujours pas donné signe de vie, portant le bilan à un nombre plus élevé s'ils ont péri en tentant cette descente.
Bientôt moi Minar, chef de cette humble tribu, devrait rendre des comptes tout d'abords devant mon peuple et ensuite devant les dieux qui nous envoyés la mort. Si je ne trouve pas de solution à ce problème, je devrais sacrifier ma vie pour rencontrer nos tous puissants dieux afin de marchander la vie et la sécurité de mon peuple.
- "Mais sachez dieux tous puissants que si vous ne parvenez pas à oublier l'offense que j'ai pu vous faire, alors craignez que je ne vienne vous combattre l'épée à la main, même si pour cela je dois pactiser avec la mort."
- "Si je dois lui échanger mon peuple contre un sursis afin de vous atteindre et de vous trouver, alors tremblez devant un faible mortel car je le ferais...
..........RHHHHHAAAAAAAAA", lâcha Minar en poussant un hurlement de guerre, l'épée tendue vers les cieux.
Le barbare campé sur ses deux puissantes jambes résistait au terrible vent qui essayait de le désarçonner du pic qu'il venait d'escalader afin d'y conter son histoire aux dieux.
Dans ses yeux noirs brillait la haine ancestrale de l'homme pour les dieux, mais la barrière de crainte qui servait de garde-fou à cette haine avait entièrement disparu de ces yeux-là. Et les larmes, qui coulaient et gelaient presque instantanément sur ces joues, étaient autant des larmes de désespoir que des larmes de rage et de haine. A l'échelle des dieux cet homme, ce barbare du fond des âges était devenu dangereux pour ceux qui avait malmené et décimé son peuple.