Un TOut Petit rIEn
par Gaël DÉZIR
Au commencement, il n'y avait rien. Le Néant. Le Vide. Enfin rien quoi.
Rien que moi et rien d'autre.
J'étais bien dans ce rien, protégé contre toute atteinte, puisque rien ne pouvait m'atteindre, mais c'était si triste tout ce rien tout autour, si désolé, si désolant.
Il n'y avait rien autour de moi et je ne pouvais rien faire. Tout n'était qu'ennui. Du moins je n'étais qu'ennui, puisque j'étais Tout (vous ais-je déjà dit qu'il n'y avait rien ?).
Alors je décidais de créer. Puisqu'il n'y avait rien, il fallait que je fasse quelque chose de ce rien, pour qu'il ne soit plus rien. Ainsi je ne serais plus condamné à ne rien faire.
Tout d'abord il me fallait voir ce que j'allais créer. Depuis le Commencement je ne voyais rien, et pour cause...
Je créais donc la Lumière, afin que mes yeux puisse voir ce que j'allais faire.
J'avais enfin créé quelque chose, ce qui en soit me ravissait déjà, mais de plus cette création là allait me permettre de créer encore plus, sans limites. Tout ce que j'avais imaginé, tout ce que j'avais visualisé depuis tant et tant d'éons, j'allais enfin pouvoir le voir.
Je pourrais enfin respirer les senteurs agréables des fleurs sauvages et m'allonger à l'ombre d'un chêne séculaire.
Je pourrais admirer le vol de l'Aigle, royal, haut dans les cieux et suivre la course majestueuse du Guépard.
Je pourrais nager des heures durant au milieu des Dauphins, et jouer à en perdre haleine avec mes amis les Ours.
Je pourrais dormir au plein air, sous une Lune éclatante et les myriades d'étoiles lointaines, sentir le corps chaud d'un Chien contre mon flanc et entendre le doux ronronnement du Chat posté sur ma poitrine.
Je pourrais me désaltérer à une mare avec les Eléphants et les Gazelles, traverser la forêt en compagnie des Loups, courir dans la plaine au milieu des Bisons.
Je pourrais apaiser ma faim de tout ce que m'offriront mes amis, végétaux et animaux. Les fruits aux saveurs si diverses ou le miel chaud et sucré, et tant d'autres choses encore.
J'aurais cette divine compagne qui me manque tant et nous partagerons une éternité de bonheurs et de délices, de complicité, de passions.
Je pourrais enfin Aimer et être Aimé.
Il ne me restait plus qu'à créer ce monde de beauté sauvage et merveilleux.
Heureusement pour moi j'avais créé la Lumière. J'avais créé la Lumière et je m'y précipitais.
Mais j'étais encore un jeune dieu inexpérimenté, car comment vivre quelque expérience et s'en enrichir sans rien ?
Aussi dans mon enthousiasme je l'avais créé trop vive, et elle me brûla les yeux.
Aussitôt je créais le Froid pour calmer la brûlure de la Lumière. Combattre la chaleur par son contraire. Cela paraît couler de source...
Mais là encore il fut trop intense, et je fus glacé jusqu'aux os.
Ainsi donc j'avais créé la Lumière et le Froid, ainsi que la Chaleur et la Douleur.
Je pus acclimater un peu mes yeux à la lumière et voir quelques instants ce monde qui désormais m'accueillerait.
Et ce que je vis me consterna. C'était un géant tout blanc, avec un horrible visage sans nez ni bouche, qui lançait ses bras vers moi pour tenter de m'attraper, de m'écraser la tête.
Je n'étais donc pas le seul Créateur, et ce ou ces autres créaient de telles monstruosités pour m'empêcher de parvenir à mes fins.
Qui sont-ils, et pourquoi m'en vouloir ? étaient les questions que je me posais.
Ce que je savais déjà, c'est que je ferais tout pour les retrouver et leur échapper à jamais. Mon monde de bonheur en dépendait...
Puis je sentis la peau caoutchouteuse du géant blanc qui me soulevait loin dans les airs, tandis que sa blanche mégère, tout sourire derrière son masque, coupait de ses froides lames le lien qui me rattachait encore à mon monde.
Alors seulement, comprenant, je créais le Son, et hurlais...