Prendre ses désirs pour des réalités
par Alban PRIALNIC
Nuit de printemps bien enragée, un jeune homme, VRP de son état, nommé Jonathan Grifter, entre dans un compartiment de train, vide. Seul le fait de jeter ses affaires pêle-mêle a ses pieds et l'acte de s'écrouler dans un fauteuil en synthécuir, indique une lassitude bien légitime en cette heure tardive de la nuit.
A peine a t'il fermé les yeux que malgré lui la fatigue, les souvenirs de ces jours derniers l'assaillent, l'empêchant de trouver le repos. Si il veut pouvoir profiter des quelques heures de nuit qu'il reste avant l'aube, il va lui falloir passer par un examen de conscience. Une sorte de thérapie personnelle.
Jonathan est un jeune commercial amené à voyager un peu partout sur le globe terrestre. Travaillant pour son compte, c'est un spécialiste des opportunités financières, permettant aux entreprises qui louent ses services, de se développer.
En attendant la réalité des lendemains qui chantent, Jonathan serait assez partisan de mettre sa conscience sur off, laissant sa montre le réveiller juste avant d'arriver à destination. Plus facile a dire qu'a faire. Les lumières du paysage nocturne de l'autre côté de la fenètre défilent et zèbrent régulièrement son visage. Le rideau ne veut pas se déployer et manque de se déchirer. Malgré tout, quelques temps plus tard Jonathan est prêt. Mais c'est sans compter sur la présence d'un contrôleur qui décidé à faire son travail réveil de vive voix un Jonathan aux portes su sommeil.
Ronchonnant et dans un geste prit de fatigue, le jeune homme, tend au contrôleur son titre de transport. Celui ci l'examine scrupuleusement sous le regard ensommeillé de son client. Billet aller-retour en seconde classe Paris - Dijon au nom de Jonathan Grifter. Tout étant en règle, le contrôleur, après avoir rendu son billet au jeune homme, lui souhaite une bonne fin de nuit et s'éloigne, passant entre les sièges vides du compartiment désert. Jonathan, espérant ne plus être dérangé, en profite pour tenter de tomber une nouvelle fois dans les bras de Morphée.
Tit...tit...tit. Réveil en sursaut. Deux secondes pour reprendre ses esprits. Jonathan écarte le rideau. Dehors, il fait encore nuit. Le paysage, maintenant a connotation urbaine, défile rapidement. Puis, le train ralenti, permettant au jeune homme de lire la proximité de Dijon sur les panneaux indicateurs.
Le hall de la gare est désert, on est encore loin de l'heure de pointe. Il fait froid. Ce qui a pour effet de réveiller complètement son cerveau engourdit. C'est l'heure de son briefing. D'abord aller prendre une chambre d'hôtel pour profiter d'un vrai repos avant les rendez vous de la matinée. Cela, si le gardien de l'hôtel Lavalle veut bien lui donner la clé d'une chambre en échange d'un morceau de papier monnaie. Une chambre avec vue sur la rue, s'il vous plais. Si la chambre est dans le même état que le gardien, cela promet !
Quelque temps plus tard, après avoir faillit casser la clé dans la serrure rebelle, Jonathan entre dans une chambre petite mais coquette. Reste plus qu'à mettre le panneau " Ne pas déranger " sur la poignée extérieure de la porte, poser ses affaires et au lit. Mais encore une fois, entre ses désirs et la réalité, il y a une grande différence. L'employé de l'hôtel n'a pas fermé les volets ni tiré le rideau.
Impatient, Jonathan s'exécute lui même. La tête penchée pour attraper les volets, le jeune homme connaît un temps d'arrêt. en face, au deuxième étage sous les combles d'un immeuble cossu datant du début du vingtième siècle, quelqu'un est déjà levé. La lumière illumine l'appartement. Autre temps d'arrêt du jeune homme lorsque l'occupant ou plutôt l'occupante se révèle à ses yeux : une superbe jeune femme d'autant plus attirante qu'elle se promène nonchalamment, d'une pièce a l'autre, dans le plus simple appareil.
Sa nudité semble portée si naturellement que l'observer a son insu n'apparaît pas indécent à Jonathan complètement fasciné par le tableau offert. Le jeune homme sent monter en lui une excitation fébrile et incontrôlable. Tout a son désir d'en savoir plus et d'y voir mieux Jonathan ne prête aucune attention au vent froid circulant entre les poils de son délicat pelage. A plusieurs reprises il manque de glisser, l'ascension du toit ayant été rendue délicate par la rosée du matin. Finalement à force de persévérance, malgré les écorchures, les ecchymoses attrapées sur son chemin de tuiles, Jonathan arrive au niveau d'une verrière. Celle ci donne directement sur l'intérieur de l'appartement de la jeune femme. Il se penche pour s'assurer de ne pas avoir été victime d'une hallucination.
La jeune femme est bien là, toujours aussi nue, en train de faire du rangement. Faisant fi de toute prudence, Jonathan n'en finis pas de pencher. En moins de temps qu'il n'en faut pour être surprit, dans un grand bruit de verre brisé, le jeune homme se retrouve un étage plus bas sur la moquette, environné de morceau de verrière.
Craignant le courroux de la jeune habitante des lieux au corps si joli, Jonathan, tassé sur lui même, fait le gros dos, crachant, sifflant et grondant tout en s'apprêtant a bondir vers l'issue la plus proche. Surprise ! Au lieu de se fâcher, la jeune femme nue et sans complexes, s'approche de lui avec douceur, émet des sons incompréhensibles, puis réfrénant une sorte d'hésitation le prend dans ses bras. Interloqué, Jonathan se laisse mener sur le canapé tout en n'en profitant pour frotter son poil à la peau satinée de son hôtesse. Notant au passage que son corps de déesse dégage une odeur intrigante mais indéfinissable. Il se roule et se pelotonne tout contre elle.
Quelques temps plus tard, la jeune femme se lève puis disparaît dans la pièce adjacente, au grand dam de Jonathan soudain anxieux que sa créature de rêve ne l'abandonne. Toutefois, celle ci revient vite, toujours dans son déguisement d'Eve, tenant un bol dans une main et une assiette dans l'autre. Elle pose le tout au sol, proche de son invité surprise. Alors, elle s'approche délicatement de Jonathan, entreprend de le caresser là ou çà fait du bien ce qui semble beaucoup lui plaire. Puis, elle désigne le bol et l'assiette.
Pour ne pas paraître impoli et parce qu'il désire se faire pardonner l'épisode de la verrière, Jonathan hume l'ensemble. Cela s'avère être du lait et un espèce d'aliment pâteux. Le tout est imprégné de l'étrange odeur de son hôtesse. Cette odeur évoque quelque chose de familier mais son souvenir est trop confus. Inquiétant que tout cela, surtout si la jeune femme a aussi mauvais goût qu'elle est jolie. Devant son hésitation, les caresses de la jeune femme prennent un caractère plus insistant. Comprenant le message, Jonathan s'exécute. Beurk ! Le lait, c'est du lait de soja froid, quand a la nourriture, il ne peut en deviner la nature. De plus, l'odeur de la jeune femme y est insistante. C'est gênant ! Mais, elle est si jolie et si subjective dans ses manières. Et puis, Jonathan a si faim, n'ayant rien mangé depuis hier soir. Alors tant pis.
Problème. En effet, alors qu'il est en train de faire honneur a son drôle de repas, l'odeur se fait de plus en plus insistante au point de remplir l'atmosphère. quelque chose ne vas pas. Soudain pris d'une atroce intuition, Jonathan, relevant la tête, fait un bon en arrière. Vision de cauchemar...panique...l'odeur c'était donc ça... le jeune homme en a des frissons le long de sa moelle épinière. Un gigantesque et horrible tique se tient a la place de la jeune beauté dont l'odeur aurait due lui rappeler celle de son ennemi intime. Jonathan tente de s'échapper. Mais... trop tard. La puissante tique le saisie de ses multiples pattes et l'approche inexorablement de ses mandibules aux crocs luisants. Il se débat, miaule sa fureur, tente de la mordre, de la griffer. Peine perdue, les mandibules de l'horrible créature à l'odeur entêtante plongent vers son cou, percent sa peau, son sang en jaillit avec violence. La tique l'aspire goulûment. Jonathan sent sa vie le quitter en même temps qu'un immense plaisir l'envahis...
...Réveil... Jonathan tout tremblant est en sueur... mal au cou, un début de torticolis. Son corps est douloureux. Il a du prendre un angle bizarre lors de son trop bref sommeil. Enfin, on arrive à Dijon. Jonathan se demande si il ne devrait pas remettre sa visite surprise à la correspondante qu'il a dans cette ville, aux calandres Grecques.