Evasion
par Gaël DÉZIR
J'en avais pris pour perpet !
Bien sûr, comme chacun d'entre nous dans cette maudite taule, je n'avais de cesse de clamer mon innocence et l'erreur judiciaire qui s'appesantissait sur moi.
Et comme tous mes voisins j'étais on ne peut plus coupable, que ce soit des crimes dont on m'accusait ou bien d'autres que nul n'a encore découvert. Mais que voulez-vous, telle est la nature humaine que l'on a toujours tendance à nier nos défauts, et en premier lieu à nous-même.
J'en avais donc pris pour perpet, et depuis des années je savais qu'il n'y aurais pour moi ni remise de peine, ni grâce, ni aucun autre espoir de revoir un jour le merveilleux monde du dehors.
Aucun autre espoir que l'évasion en tout cas.
Depuis quelques années j'envisageais de l'évasion ainsi que les divers moyens pour arriver à mes fins.
Car lorsque l'on est confronté chaque jour que dieu fait à la guerre des clans, à la famine, au meurtre, à la torture, au viol, et à tous les vices les plus immondes que dieu seul sait qui ait jamais imaginé, comme c'était le cas dans cette geôle, alors croyez-moi, on ne demande plus qu'une chose : que cela cesse une bonne fois pour toutes.
Mais malgré l'envie presque irrésistible qui me poussait, je savais bien ce qu'ils me feraient si par malheur j'échouais. "De la haute sécurité" qu'ils appellent ça. "Nul ne s'en évadera jamais !".
Mais je leur ai bien prouvé, moi, que ce n'était pas si difficile que cela.
Je ne craignais pas vraiment l'isolement, ayant toujours été solitaire, par nécessité plus que par choix, même si je savais que je ne le supporterais qu'un temps. Non, ce qui m'arrêtait vraiment dans chacune de mes tentatives, et avant même qu'elles ne commencent, c'était la peur de la douleur.
Je n'ai jamais supporté d'avoir mal, et l'idée même de la douleur m'avait toujours emplit la colonne vertébrale de ces horribles petits frissons glacés, signes à la fois d'effroi et de dégoût.
Or je savais bien que les pauvres bougres qui étaient rattrapés dans leur tentative étaient soumis à des tortures sans nom, dont ces fameux électrochocs, si prisés par les médecins comme par les militaires.
Car j'avais déjà vu l'un de mes amis, purgeant la dernière semaine de sa peine, ne plus supporter la douleur et tenter l'évasion. J'avais bien vu comment ils l'avaient empêché de partir durant des semaines et des semaines, le maintenant là de la plus horrible des manières, avant de lui accorder enfin son droit, le laissant, à moitié fou, dans la plus profonde solitude, sans même un parent ou un ami pour le réconforter.
Mais ce soir j'ai enfin sauté le pas. J'ai pris ma décision et j'ai tenté le coup malgré tout cela, d'autant que mon plan me semblait être parfait.
Je savais parfaitement à quelle heure passait la ronde, de combien de temps je disposais avant la suivante, et aussi à quels endroits étaient postés les gardes qui tenteraient vainement de m'arrêter.
Je connaissais l'endroit le plus approprié où il me faudrait percer et je m'étais même procurer le matériel nécessaire à cela. J'avais même estimé, assez précisément d'ailleurs, le temps qu'il leur faudrait pour accourir ici une fois mon trou percé, et cela me donnait suffisamment d'avance pour leur échapper.
La seule inconnue était ce qui se trouvait par-delà les miradors inondant notre nuit d'une clarté diffuse. Mais cela ne pouvait pas être pire qu'ici !
Ainsi je sautais enfin le pas, plaçant avec application l'instrument de ma délivrance sur cette maudite cloison qui me retenait depuis trop longtemps et, poussant mon dernier soupir, je m'évadais...
"Ses rares amis le pleurèrent longtemps, comprenant ses raisons même s'ils désapprouvaient le résultat final. Mais ceux qui ne le connaissaient qu'à peine se demandaient toujours pourquoi ce jeune homme ayant tout pour être heureux s'était tiré une balle en pleine tête."