C'était une agréable veillée d'hivers comme l'on connaît bien peu de nos jours.
Sous l'impulsion du vieil homme les gens du hameau s'était rassemblé dans une demeure assez grande pour pouvoir tous les accueillirent. Ils avaient dîner ensemble, parlant comme ils ne l'avaient plus fait depuis bien des années. Parlant et écoutant surtout. Certains d'entre eux s'apercevant alors avec tristesse qu'ils n'avaient plus sincèrement écouter autrui depuis une éternité.
A la fin du repas les plus jeunes s'étaient rassembler près du feu autour du vieil homme, instinctivement comme s'ils en eussent l'habitude.
Le vieil homme assis dans un de ses fauteuils de cuir confortable, se saisit de sa tasse de Darjeling fumante et d'un œil embrasa l'assistance qui déjà se pendait à ses lèvres, alors qu'il n'avait encore entreprit nul récit.
Il laissa son regard poser sur les flammes qui semblaient se mouvoir en une étrange danse. Le feu était apaisant, l'air chaud et doux, les cœurs et les esprits reposés des vicissitudes d'une rude journée de labeur.
Le vieil homme sus que le moment était venu de conter à tous, l'histoire qu'ils attendaient désormais avec impatience. Une histoire qu'il conterai avec verve et force comme pour revivre l'espace d'un instant ces instants magiques des veillées d'antan qu'il avait tant apprécié étant enfant...
Alors d'une voix grave et emprunte d'une certaine solennité, avec un regard malicieux, et une joie ostensible il entrepris son récit :
Il se dressait là, dans toute son ignominie, froid et ténébreux, comme il devait déjà l'être trois siècles plutôt. Trônant tel un oiseau de proie sur cette maudite colline des tourments. Le manoir Fergusson était entouré d'un jardin, il semblait comme assiégé par une armée de mauvaises herbes et de ronces, d'eau croupie et d'insectes rampants. Et lorsque comme ce soir, le ciel était sombre, la lune masquée, et l'air zébré d'éclairs bleutés, il semblait à toute âme perdue dans cette lande désolée et sauvage, qu'il s'agissait de l'ultime demeure, d'un de ses princes des ténèbres, dont la littérature regorge. Le portail d'entrée, en fer forgé, ne tenait plus que par miracle, il gardait l'entrée du jardin, et était surmonté par deux ignobles harpies de jais. D'une laideur infinie, ces deux sœurs infernales semblaient scruter la lande alentour, de leurs regards cruels, comme en quête d'un quelconque festin de chair. De toute l'enceinte extérieure du domaine, semblait s'échapper des volutes de brumes, tantôt bleutées, parfois pourpre.
Derrière la demeure se trouvait le petit cimetière familial, avec ses pierres tombales centenaires, ses croix renversées, comme si Dieu lui même, avait depuis longtemps fuis les lieux. Certains des caveaux n'avaient plus de portes, ou celles ci se trouvaient déchiquetées, comme si une légion, châtiée pour quelques crimes horribles, s'était vue délivrée de la mort, pour entamer une errance éternelle parmi ceux du dessus. L'endroit était occupé presque en permanence par quelques feux follets, et disait ont dans le village voisin, par quelques âmes en peine d'anciens châtelains. Le manoir était comme ramassé sur lui même, comme s'il ressentait le poids des ans sur ces lourdes pierres, il donnait du dehors une terrible impression de force. Sa partie centrale, trapue ne s'élevait à guerre plus de deux étages. Les fenêtres en étaient petites et austères, comme si le maître d'œuvre avait eu des remords après les avoir conçues et avait chercher finalement a les masquer par tous les moyens. La porte d'entrée majestueuse, a double battant rehaussée de lourds motifs en fer forgé, n'était accessible qu'après avoir gravis une volée de marche, et pénétré bien malgré soi, sous un porche envahis par des toiles d'arachnides, qui en disait long, très long, sur la taille de leurs architectes.
Ce corps principal lugubre était flanqué de deux tours carrées, élancées, tels des monolithes élevés vers des cieux impurs. Des hampes vides trônaient en haut de ces donjons jumeaux. A une époque, ils avaient sans doute servie à hisser les couleurs de ses propriétaires, aujourd'hui vide d'étendards, ils donnaient a penser que deux gibets avaient été hisser la haut pour que quelques pauvres erres, s'y balance au gré d'une corde, sous les rafales de quelques terribles vents démoniaques. Le vent lui même semblait être conscient de l'abjection des lieux tant il semblait hurler à leurs approches, et jeter quelques rugissements d'effroi en reprenant au plus vite sa course vers le sud.
William, ou peut être devrais je plutôt dire Lord William, poursuivit à grand peine la lente ascension par le petit sentier, qui serpentait autour de la colline sur près d'un kilomètre. Il réajusta son long manteau, le froid le saisissant un peu plus a chacun de ses pas. Même aidé comme il l'était, par sa fidèle canne de marche ferrée en chêne ouvragé, dernier cadeau de sa fille bien aimée, il peinait un peu plus nuit après nuit. Il avait bien eu quelques magnifiques montures jadis, mais ces temps fastes étaient à présent bien révolus. Qu'elle lui semblait loin la chaleur de l'âtre brûlant de la Red Rose. Cette petite auberge de Glousdale ou il venait deux fois par semaine pour prendre son dîner et ressentir un peu de cette chaleur humaine qui lui manquait tant, auprès des laboureurs et des gens de fermes du comté. Ce soir il avait même pus lier conversation avec un médecin en villégiature, venue pêcher la truite, abondante dans la région. Ses visites hebdomadaires au bourg était sa seule joie, depuis que sa fille l'avait quittée. Personne ne venait jamais lui rendre visite au manoir. Celui ci était par trop isolé, et de plus il avait fort mauvaise réputation depuis la disparition de la jeune Beth. Lord William s'était astreint a ces longs voyages de près de deux heures pour rejoindre le bourg tant il ne supportait plus cette solitude devenue au fils des ans si pesante. Il en profitait a chaque fois pour faire l'acquisition des quelques provisions dont il pouvait avoir besoin.
Comme chaque mercredi et samedi soir il avait quitter le bourg vers les vingt deux heures, non sans avoir jouer son trait dans la partie d'échec qu'il disputait depuis maintenant près d'un an avec le révérend Denale. Si ces petits plaisirs lui étaient un jour interdit, comme semblait pourtant l'indiquer son état de santé et la faiblesse grandissante de ses jambes, il savait pertinemment qu'il n'y survivrai pas longtemps.
L'orage éclata alors qu'il parvenait a la porte d'entrée. Un orage violent accompagné de véritables trombes d'eau. Sans se dévêtir il emprunta le grand escalier qui menait au premier étage. Il longea le grand couloir semblant passer en revue les rangées d'armures médiévales qui se faisaient face, tels des chevaliers fantomatiques des temps anciens, figés en de multiples joutes, ainsi que les portraits de ces ancêtres, qui semblaient toujours, a leurs mines, lui en vouloir d'avoir laissé le manoir et le domaine au bord de la ruine. Il pénétra dans le petit salon. Déposa la lampe à pétrole qu'il avait allumer à son entrée au manoir, posa sa canne et se défit de son manteau. Allant se servir un verre de bon whiskey il ranima le feu de l'âtre et pris place dans son fauteuil a large dossier qu'il affectionnait tant. A cet instant il aurait tant voulus que Talbot, ce vieux majordome zélé, maugréant sans cesse, soit encore a ces cotés, mais une terrible fièvre l'avait emporté lui aussi depuis près de deux ans maintenant. Encore un peu, songea t'il, et le manoir serait absolument vide de tout occupant. D'une main il saisit sur la petite table basse qui se trouvait a sa droite, sa pipe de bruyère, la bourra de tabac aromatique et l'alluma. Satisfait de son fumet, il rejoua alors sur son échiquier le trait qu'il avait jouer sur celui du révérend. Le rituel était immuable depuis qu'ils avaient commencer a disputer cette partie, cela lui permettait d'essayer d'anticiper la réaction de son excellent partenaire. Il admirait le révérend pour sa capacité de synthèse et pour son talent à se tirer de fâcheuses postures par une des pirouettes dont il avait le secret, relançant du même coup l'intérêt de la partie. L'âtre brûlant, le goût du whiskey de tourbe encore chaud dans sa gorge, l'odeur délicate de son tabac, ainsi que la fatigue du voyage lui permirent de trouver bien vite un sommeil réparateur.
Il fut pourtant réveillé peu de temps après par les bruits si caractéristiques de Simons. Ce brave jardinier, qui avait trouvé une mort affreuse en s'enlisant dans les tourbières de cette lande qu'il croyait pourtant connaître parfaitement, pas assez toutefois pour lui éviter la mort. Cette mort lente et effroyable qu'il connut par une nuit en tout point semblable à celle ci ...
Depuis lors le vieux Simons s'était installé au manoir, et Lord William n'avait pus l'en écarter, car comme de juste, l'on ne chasse pas un spectre, d'un lieu ou il semble se plaire. Le vieux Lord avait même finit par s'habituer à sa présence. Une présence c'était cela, et rien de plus, car Simons ne se montrait pour ainsi dire jamais. Il se contentait de faire grincer le parquet vieillot du manoir a la nuit tombée, ou de déplacer de tant a autres quelques unes des plantes d'intérieur qui s'accrochaient encore désespérément a la vie. Il leur offrait ainsi une meilleure exposition a la lumière, car il semble y avoir chez les majordomes Britanniques un sens exquis du devoir, qui défie apparemment, même la mort.
Lord William s'éveilla donc de son sommeil, et se résolut a terminer sa nuit dans son lit, bien plus confortable faut il le dire. Il quitta le petit salon, empruntant a nouveau le long couloir qui l'y avait mené, et pénétra dans ces appartements. La pièce était froide, anormalement venteuse. Regardant les fenêtres, il en avisa une qui avait due céder sous la pression des bourrasques de vent. Il s'avança dans la chambre, sa lampe a pétrole en main et entreprit de la refermer. Le vent qui faisait virevolter les rideaux et le baldaquin de son lit mourut dans l'instant. La lampe posée désormais sur son bureau, révélait une forme étendue sur le grand lit...
Restant interdit durant de longues minutes, n'osant faire un geste, respirant avec peine, il ne pouvait qu'observer cette jeune femme étendue là, sur le ventre. Elle n'était vêtue que d'une modeste chemise de nuit blanche et détrempée, déchirée par endroit. Ses petits pieds, meurtris et boueux comme après une longue course sur cette lande sauvage. Ses bras dénudés étaient d'une pâleur inquiétante. Sa longue chevelure blonde en bataille couvrait en grande partie son visage. Durant tout le temps qu'il l'observa, la jeune femme ne fit aucun mouvement. L'orage tonnant encore au dehors il ne put discerné sa respiration. Reprenant ses esprits il s'approcha d'elle et lui toucha doucement le bras, cherchant a l'éveillée. Le contact de sa peau le fit frémir, son bras était froid, anormalement froid. N'obtenant aucune réaction de sa part, il entreprit de la secouée plus énergiquement, puis s'avisant qu'il ne l'avait pas encore fait, lui parla. Lui demandant de s'éveiller, de ne pas avoir peur. Rien n'y fit. Subitement effrayé il retourna la jeune femme sur le dos. Il fut frappé, comme pétrifié lorsqu'il vit la tache de sang sur sa chemise de nuit a l'endroit de son abdomen. Il recula de quelques pas. Il venait de voir un petit collier de perle, mais ne voulait pas y croire.
- Non cela ne peut pas être. Mon Dieu cela ne peut pas !
Réussit il a bégayer.
Voulant chasser de lui ses pensées du moment, il approcha sa main de la jeune femme pour en écarter la chevelure, qui masquait encore son visage. La longue chevelure d'or laissait maintenant apercevoir le doux visage de Catherine...
Pris de panique, il faillit trébucher sur le tapis en se reculant. Son visage presque révulsé, ses traits épouvantés, il ne pouvait y croire. Elle était là, gisant sous ses yeux, morte. Aussi morte que l'on puisse l'être un jour. Trouvant appui sur son bureau, il entreprit de se calmer, mais seules les larmes lui vinrent. Puis rapidement des questions, des myriades de questions. Que lui était elle arrivée ? Que faisait elle en chemise de nuit par une nuit semblable ? Pourquoi était elle venue au manoir ? Qui l'avait ainsi tuée ? Que lui était il arrivée ? Comment pourrait il apprendre cette terrible nouvelle a son père ? Quelle pourrait être la réaction de celui ci ? Oui, comment annoncer au révérend Denale, que sa fille unique gisait morte, sur son lit, au manoir ?.
Sortant a grand peine de la chambre, il remonta le couloir en direction du petit salon. Il avait peine a marcher, ses jambes semblant se dérober sous lui a chacun de ses pas. Lorsque enfin il pénétra dans le salon il se rua presque sur la bouteille de Whiskey, qu'il empoigna, et a laquelle il fit véritablement honneur. Se laissant tomber dans son fauteuil, les yeux hagards, il lui semblait que sa tête était prête à exploser. Dans l'âtre, le feu crépitait encore, au dehors le grondement sourd du tonnerre était encore audible...
Il fallait qu'il reprenne ses esprits, vite bien vite ou les choses lui échapperait et ce serait sans nul doute la catastrophe.
Si Catherine était trouvée ici les choses irait au plus mal avec son père, sans même parler de ces idiots au village, qui n'y verrai que maléfices et malignités. Il fit un effort sur lui même, pour parvenir a se concentrer, sans doute avait il dors et déjà par trop abusé de ce maudit Whiskey.
Il se résolut dans un premier temps à descendre le corps de Catherine jusqu'à une cache. N'ayant pas la force de soulever la jeune femme, il se résolut a la tirer jusqu'à la cave, ou il abaissa la torchère qui actionnait le passage menant à son laboratoire d'étude thaumaturgique. Il l'installa sur l'une des tables de l'endroit au milieu des éprouvettes, bocaux emplis de précipités divers, de notes manuscrites et de ses précieux tomes. Un bruit caractéristique dans son dos l'avertis que Simons était descendu en même temps que lui et se trouvait ici également. Il n'y prêta guerre d'attention, absorbé qu'il était par la recherche de quelque ouvrage dans la bibliothèque de l'endroit. Ne le trouvant pas, il se résolut à y revenir plus tard et quitta les lieux momentanément pour remonter dans ses appartements et finir d'y effacer toute trace du passage de Catherine. Il ôta les draps de son lit, souillé par le sang de la belle, les jeta au feu et tandis qu'ils se consumaient joyeusement dans l'âtre en mis d'autres, propres ceux là. Il vérifia les tentures du Baldaquin, la moquette, le parquet et les montants de la fenêtre afin de s'assurer que tout était en ordre. Quelque peu rassuré il redescendit dans la cave, y actionna a nouveau la torchère et pénétra dans son antre. Simons n'avait pas perdu son temps non plus apparemment puisqu'il avait recouvert le corps de la jeune femme d'un chaud plaid ne laissant découvert que son doux visage. Décidément ce dit Lord William, ce Simons est étrange, et peut être un rien puéril, que désormais importe à cette jeune femme d'être au chaud...
Lord William ou peut être devrais je désormais dire Albéran le Sombre, magister d'Angleterre et membre du Conseil Thaumaturgique des Terres Celtes, repris ces recherches de l'ouvrage, dans lequel il espérait trouver semble t'il, une réponse à ses questions. Il finit au prix de nombres d'efforts à découvrir enfin l'ouvrage qu'il recherchait depuis une bonne heure maintenant, il était vieux et intitulé : Dialogues Empyréens.
S'en saisissant il posa le tome volumineux sur une table de travail et entrepris d'y chercher un passage qu'il connaissait pour l'avoir étudier des années auparavant. Si son physique lui faisait aujourd'hui défaut il n'en allait pas de même de son esprit. Alerte et entraîner son intellect restait brillant malgré le poids des ans. C'était l'une de ses grandes fiertés, et sa raison d'être.
Trouvant le passage qu'il cherchait il alluma sept chandelles blanches qu'il disposa selon un rite bien précis sur le plan de travail et éteignit ensuite la lanterne.
Il passa dans une petite salle attenante et revêtit avec précaution et une certaine déférence sa longue toge noir et or. D'un petit coffre qu'il ouvrit a l'aide de la clé qu'il tenait toujours autour de son cou, attachée a une petite chaîne en argent, il tira délicatement une courte lame noir. Son manche était d'ivoire et des signes cabalistiques flamboyant couraient le long de la lame.
Revenant dans la salle principale il s'approcha du corps de Catherine et prononçant comme pour lui seule une courte litanie en un vieux Gaélique aujourd'hui disparus, il y traça sur les joues deux symboles. Le premier était un croissant de lune, le second semblait évoquer l'antique Dragon Celtique.
Il préleva ensuite une mèche de ses longs cheveux soyeux et un ongle de sa main gauche.
Durant près d'une demi heure il opéra sur un antique brasero, munis d'onguents et de fluides indistincts à créer un baume nauséabond. Au dernier moment il y plongea la mèche et l'ongle en récitant a nouveau cette même litanie Gaélique, semblant tout droit sortie des méandres de notre histoire.
Le baume apprêté, il alla consulter quelques instants le tome puis revint à pas lent, presque solennellement au chevet de la défunte. Il appliqua délicatement une partie du baume sur son doux visage tout en lui parlant :
" Ma chère et tendre Catherine je vous prie d'entendre mon appel !
Entendez ma voix par delà votre trépas et répondez moi.
Quittez pour quelques instants le domaine d'Arawn le sombre.
Quittez le sans crainte aucune, et venez à moi sans peur ni contrainte.
Ma chère en cet instant tragique répondez à l'appel d'Albéran !
Confiez vous à moi sans réticence, sans restriction aucune.
Soyez fidèle à votre mémoire, entendez ma voix, écoutez là.
Et répondez à mes appels, répondez ... "
L'on ne sus jamais ce qu'il était advenu de Catherine au cours de cette nuit d'orage, ni même qui l'avait tuée, et pourquoi Lord William l'avait retrouvé morte dans son lit. Catherine n'eut pas le temps de répondre, la décharge de chevrotine qu'Aldéran reçus lui ôta la vie aussi prestement que le révérend Denale avait appuyer sur la détente de son fusil de chasse.
Ayant constaté la disparition de sa chère enfant il avait fait un tour rapide du village, et appris par l'un des villageois qu'il l'avait aperçus au loin se dirigeant vers la lande. Par une nuit telle que celle ci, le révérend craignant pour sa fille, sella son cheval et se mit à sa recherche. Ayant galoper sur la lande durant deux bonnes heures, trempés et désespérés il finit par se porter vers le manoir de Lord William. Peut être y avait elle trouver refuge, s'abritant ainsi de l'orage et du froid qui régnait alors sur ces terres sauvages.
Il était arrivé au manoir peu de temps après, ses coups répétés à la porte n'obtenant aucune réponse il s'était résolus a y pénétrer. Il avait chercher partout a l'intérieur de la vieille demeure sans trouver nulle trace ni de sa douce fille, ni de Lord William...
Alors qu'il s'apprêtait à quitter ses lieux sinistres et lugubres, une faible lueur lui vint de l'escalier menant à la cave. S'y engouffrant il fut stupéfié d'y trouver une lanterne en sustentation dans l'air a mi hauteur du vieil escalier de pierre. Rebroussant chemin rapidement il retourna a sa monture, se saisit de son fusil et s'engouffra a nouveau dans l'escalier, en portant une grande attention a cette lanterne qui semblait se mouvoir à quelques pas de lui. C'est ainsi qu'il avait finit par pénétrer dans l'antre d'Albéran...
La chose fit grand bruit au sein du village et même du comté. Après l'enquête officielle des forces de police du comté et de Scotland Yard le Révérend Denale ne fut pas inquiété. L'on admis que Lord William avait tué la jeune Catherine lors d'un rite païen pour d'obscures raisons inconnues de tous. Les tomes et le laboratoire brûlèrent mystérieusement avant même que la police ne put les consulter plus avant. Le corps de Lord William fut réclamé par un lointain parent que personne ne connaissait à Glousdale. Il fut inhumé dans une petite île d'Ecosse selon des rites anciens, par quelques uns de ses vieux camarades.
Le manoir fut fermé.
De nos jours encore, le manoir est abandonné et personne, non personne ne s'y aventure, même par les belles journées ensoleillées. Il garde par de vers lui cet aspect cauchemardesque que lui connaissent les gens du Comté.
C'est la chose bien dommage, car le visiteur curieux, ou l'étranger de passage pourrait alors assister à bien des choses inexplicables dans le petit salon.
Celui ci est désormais envahi par des myriades de roses, d'orchidées aux couleurs chatoyantes et d'œillets frais qui fleurissent en toute saison. Nulle personne ne vient les entretenir ni leur apporter aucuns soins et pourtant il n'en existe pas de plus beaux dans toute la région.
Le vieux clavecin du Lord égrène également certaines nuits des airs d'une telle mélancolie qu'ils raviraient les visiteurs en proie au vague à l'âme, ou ces romantiques qui pourraient y reconnaître certaines ballades Irlandaises qui parlent d'amour et de folle passion immortelle.
Il arrive également que les pièces de l'échiquier en chêne du vieux Lord, se déplace seules, comme par l'impulsion d'un courant d'air qui jamais pourtant ne se produit. Un joueur avisé pourrait même remarquer que les traits qui y sont joués doivent l'être par deux joueurs débutants.
Certains parmi les plus incrédules d'entre vous pourraient y voir des fadaises pour gens par trop crédules, ou des comtes pour enfants que l'on raconterait à la veillée. Pour ma part j'y vois bien d'autres choses, depuis que j'ai pus observer de mes propres yeux, des pas invisibles laissant des traces sur les tapis moelleux de ce petit salon, comme si un couple aimant y dansait, enlacé pour l'éternité...